mardi 27 août 2019

Couvrez ce sexe que je ne saurais voir...


Modèle : Ugo


Voici ce sujet qui revient en flèche car il pose décidément question et qu'au travers de mes rencontres au hasard du net, j'ai pu une fois encore, ouvrir un peu plus le voile de l'Esprit... 

C'est en découvrant l'univers de Rolland St-Gelais que tout m'a semblé soudainement prendre une autre dimension. Pourquoi ? Parce que Rolland est un modèle vivant, dont le corps n'est pas comme la plupart d'entre nous, c'est à dire qu'il a subit de graves malformations durant la grossesse (Son histoire ici) mais au lieu d'en avoir honte, au lieu de se cacher, il se montre et il délivre alors un message puissant à nous autres, à différents niveaux et je vais tenter de vous faire part de ma réflexion toute personnelle.

Avant toute chose, Rolland est venu vers moi après avoir découvert un dessin réalisé à l'encre et à l'aquarelle sur un groupe Facebook et il m'a demandé l'autorisation d'utiliser ce dessin, dont le modèle se trouve être Ugo, un artiste italien qui m'aide à travailler à partir de ses photos, pour un article sur son propre blog artistique dont je vous fais part ici :
Le corps humain est un support intéressant, par Rolland St-Gelais


Modèle : Julien
Après avoir parcouru son blog, j'ai vu des photos de toutes natures et j'ai été étonnée par la force qui en émanait. Pas parce que Rolland est différemment formé, mais plutôt par son naturel, son désir d'être et de se montrer présent envers et contre tout. Il a bien failli ne pas survivre, ne pas être là pour donner ce qu'il donne aujourd'hui au monde. Et dans ses photographies de nus, où parfois son sexe est en érection, où il arrive qu'il se mette en scène, il y a une volonté de dire que le sexe n'est pas un problème, que l'amour donné de cette façon n'est pas un problème non plus et c'est vrai.


Je pense que dans le handicap, c'est une notion souvent difficile à aborder et sans doute aussi absolument tabou, pourtant c'est une réalité qui ne devrait pas être niée. 

Moi, qui dessine à partir de photos de modèles nus, je dois dire que son message me destabilise un peu. Je pourrais finalement être facilement choquée de ses images, notamment celles dans lesquelles il se met en scène et où l'érotisme transparaît, mais quand je réfléchis bien, à quoi bon être choquée ?

Comme je l'ai mentionné dans de précédents articles, je ne reçois pas de modèles masculins pour des raisons pratiques d'abord : je n'ai pas d'atelier spécifique et cela me dérange de recevoir des hommes à mon domicile, alors qu'il m'est plus facile de recevoir des modèles féminins.
Et puis, pour des raisons très personnelles que j'évoque sans honte, je n'ai pas totalement confiance en la gente masculine ayant vécu des abus dans ma jeunesse qui laissent encore des traces aujourd'hui.

Il est possible que j'évolue à ce niveau et que je puisse un jour sortir de ma méfiance et même si je laisse toujours le bénéfice du doute lors de rencontres réelles ou sur la toile, je reste sur ma réserve et attends de voir où veulent en venir les hommes qui viennent à moi dans un but initialement artistique.

Mais pour en revenir à Rolland, il m'apparaît évident qu'il assume son corps, il assume sa différence et il assume aussi sa sexualité et son désir de prendre sa place en ce monde, chose que bien des hommes et des femmes, constitués de bras, de jambes, de langues et de menton, ont bien souvent un mal fou à faire... 

D'après une photo du modèle au visage atypique : Benoît Muller
Prendre sa place et assumer : C'est souvent dans l'art qu'il est possible de le faire, envers et contre tous, supportés par ses proches ou au contraire, pointés du doigt dans une certaine incompréhension et du jugement. 

Je sais que mon travail personnel choque certains de mes proches et peut-être se font-ils une idée de moi qui ne colle pas forcément à la réalité, mais cela leur appartient. Pour autant, je ne peux changer de trajectoire pour leur faire plaisir et j'ai décidé de me respecter. 

D'ailleurs, à ce propos, se respecter en se dévoilant, n'est-ce pas étrange ? La plupart du temps, dans la croyance populaire, on estime que pour se respecter, il faut au contraire tout cacher, ne surtout rien dévoiler parce que ce serait se mettre en danger. Et dans une certaine mesure, oui c'est dangereux. C'est dangereux parce qu'on sait qu'on se retrouve tout d'un coup jugé et parfois mis au piloris. 

Prendre sa place et assumer, c'est aussi être responsable.

Mais c'est
être belle ?

quoi

C'est être responsable de soi-même et des idées que l'on véhicule.

Et sortir du rôle de victime potentielle par les expériences que la vie nous impose.
Rolland nous le montre par sa détermination à être lui-même et ne rien cacher et je trouve cet acte on ne peut plus courageux parce que c'est une chose relativement difficile que d'être soi-même au sens large. La société, nos proches, la façon dont nous avons été éduqués ne le permettent pas réellement et il faut une grande force intérieure pour nous permettre de dépasser ces carcans et s'autoriser à laisser passer la lumière au lieu de se cacher à tout prix.

Les personnes qui décident de le faire ont l'air de se sentir bien mieux, d'être ce qu'elles sont au grand jour et c'est une forme de libération. C'est montrer leur authenticité, leur vraie valeur et c'est surtout  une volonté de se respecter. C'est donc faire un vrai choix éclairé et je ne peux que saluer ces initiatives.


Se respecter est une notion qui n'est pas si simple surtout quand on a eu cette idée persistante de croire que toute émotion, que tout sentiment n'avait aucune place et ce, dès le plus jeune âge. Nos besoins fondamentaux y compris celui d'être à sa bonne place ont été niés et c'est une problématique qui survient souvent très tôt, souvent dans la prime enfance :
Indésirables petits êtres trop bruyants, nous avons tout fait pour nous cacher et nous faire les plus discrets possible car...
Telle était la loi !

Il y a ceux qui s'y conformaient et qui sont devenus des adultes meurtris, se sentant incompris et particulièrement dociles et les autres, qui finalement par un hasard curieux s'en sont sortis avec moins de casseroles, du moins à première vue.

Alors, il est évident que prendre sa place dans de telles circonstances ne soit pas si aisé et montrer le meilleur de soi-même afin d'être accepté semble être la solution la plus viable mais dans laquelle il est tout aussi facile de se fourvoyer.


Modèle : Ginger Marilyn
"Miroir, ô mon Miroir, dis-moi que je suis la plus belle..."

Ou le plus charmant, le plus valable, le plus intéressant, le plus fun...

Et cette illusion nous rend chétif et en attente de validations que nous n'aurons jamais.

Etre beau (Et ne faisant pas trop de vagues) est une valeur étrangement mise en avant dans la société, si bien que nous en oublions l'essentiel. Etre beau ou belle n'est pas une qualité importante de mon point de vue car je place cette notion à un autre niveau. Qu'être beau ou belle ne garantit pas forcément le bonheur ; selon comment on se positionne, il peut être un avantage comme un frein.

D'après une photo de Romuald Bourdon - acteur

Il y a des personnes aux visages et aux corps dits atypiques ou hors normes, qui sont belles de mon point de vue et c'est très personnel. Elles ont une volonté féroce de se montrer telles qu'elles sont, et c'est précisément cela qui les rend belles.

Ce travail sur soi, aussi colossal soit-il est pourtant incontournable (encore une fois de mon point de vue) parce qu'il permet de se diriger vers l'acceptation de ce que nous sommes dans tous nos aspects, qu'ils soient bons, moins bons, sombres ou lumineux. Nous sommes qui nous sommes, et nous devons nous réaliser pour trouver enfin cette place qui nous convienne. S'il nous est si difficile de nous accepter, de nous aimer tels que nous sommes, de nous autoriser à être, nous continuons à vivre en sous-régime et à penser que nous subissons notre vie. C'est de la survie et non la vie telle que nous méritons de la vivre.

J'ai choisis mon domaine d'expression et je me libère peu à peu de mes limitations et de tout ce qui m'entrave.  L'art est un outil merveilleux pour ce faire et je m'en sers allègrement pour avancer et évoluer, tenter d'apporter des éléments de réponses et d'en obtenir aussi lors de partages avec d'autres personnes qu'elles soient artistes ou non.

Je remercie infiniment toutes les personnes qui me permettent d'avancer et de comprendre.


3 Photos retouchées par Karl Hungus





Photo de moi vue par moi-même où je montre sans dévoiler.

jeudi 27 juin 2019

Culture : des silences et des cris - Arthurine Vincent






La culture passe aussi par le plaisir de découvrir ce que réalisent d'autres artistes et c'est un univers particulier dans lequel j'ai plongé le temps de lire le livre D'arthurine Vincent : des silences et des cris des éditions La danse des mouettes.

Parsemés de nouvelles, de peintures de l'auteure et d'un autre artiste, Marjan, de textes courts, qui tous, étreignent profondément, instaurent un certain malaise et surtout, m'ont fait ressentir beaucoup d'empathie vis-à-vis de ces âmes enfermées à l' hôpital psychiatrique... 



Ces écrits laissent des traces et posent question sur ce que peut être ce genre d'endroit vu de l'intérieur. Y entrer de cette façon et se rendre compte de ce que peut ressembler des journées qui se succèdent et se ressemblent toutes, en laissant au passage le sentiment d'être chanceux de n'y avoir jamais mis un orteil, même quand tout semblait sans espoir... 

Je m'interroge sur cette supposée folie. 
La faiblesse de n'être que des êtres humains qui perdent pied momentanément. 
Mais sont-ils vraiment fous ?
On peut tous être fou à un moment donné, non ?
Chacun de nous peut sombrer, descendre si bas que tout semble incongru même l'idée de vouloir s'accrocher à la vie... 
Les médicaments et l'isolement sont-ils vraiment une solution ? Ces personnes ont-elles vraiment besoin de ce genre d'accompagnements ? N'y aurait-il pas une autre façon de faire ? Tout cela m'interroge et j'ai mon idée. 



Dire que ce livre m'a touchée n'est pas assez proche de la vérité. Il m'a troublée, la colère est montée par moment. Et l'écriture est fluide, belle ; libre au fond. 

Les peintures sont toutes poignantes comme les quelques photos qui jalonnent le livre et qui dépeignent la souffrance ressentie. 

Tout cela a fait remonter un tas de souffrances personnelles, des pensées similaires à celles de ces "détenus", des choses glauques où l'art m'a permise de tenir bon grâce à l'écriture, au dessin, à l'expression de mes émotions. 

Mais grâce également aux amis qui savent être présents dans ces moments de tortures mentales. 
Nul besoin d'enfermement, nul besoin de médicaments. 
Pour les cas plus "graves", là encore, j'ai tendance à penser que d'autres solutions pourraient être envisagées. 


Ton silence est plein de mots -
Arthurine Vincent

Dans mes moments sombres, j'ai pu remonter grâce à mes dessins et peintures. En laissant s'échapper mes larmes, mes pensées, et mes émotions bloquées. Et j'étais libre.

Et je suis toujours là pour en témoigner.

Âme délicate -
Amani Lizah Glaise
Âme Immolée -
Amani Lizah Glaise
Ectoplasme -
Amani Lizah Glaise
Merci à l'auteure du livre que j'apprécie beaucoup. 
Son livre et son art sont un trésor à mes yeux.


dimanche 12 mai 2019

2 mètres carrés ? Tout est possible







L'endroit où je travaille, mon atelier, si je puis dire, n'est pas très grand. Il est même très très petit. 1 mètre sur 1 mètre, à peu près. En fait, il est composé d'un bureau qui tangue un peu, de rangement s tout autour, d'un paravent pour l'intimité et d'un rideau fil pour la porte... Oui, j'aime bien me sentir un peu à l'écart. 







A force de travailler en collaboration avec les modèles, j'ai voulu "m'enfermer un peu" n'ayant pas la place pour un vrai atelier ou même un vrai bureau où je pourrais m'isoler. J'ai des enfants qui vivent autour et je ne peux pas me contenter de créer que dans l'intervalle où ils sont à l'école... Je créé autant que possible dans mon 2 mètres carrés et je m'y sens bien. 







Et pour les sollicitations ?

Frappez, pardi !













jeudi 4 avril 2019

De passages en pas sage




Petite fille aux yeux qui brillent, 
s’imagine plus tard
En princesse ou en guenilles - 
Soumise ou insoumise, 
Espérant échapper au pire des mitards.

Petite drôle dans la nuit fraîche, 
Ignorant les Esprits qui caracolent
Dans des cris stridents inaudibles ;
Elle emprisonne le Soleil, s’interdit de dormir 
Puis écarquille ses yeux autant qu’il lui est possible.

Les années passent et elle imagine l’enfant
Qu'elle n’aura peut-être pas, 
L’expulsant de son corps dans un silence poignant, 
Retenant ses larmes et
Les remous de ses hurlements.

Devenue Femme, mains dans le dos, 
Silencieuse et morne, 
plus morte que vive ; 
Femme aux cheveux lâchés, mèches fines 
Couleur sanguine ;
Elle se laisse entrevoir 
Dans le jour et dans le noir.

Elle déambule 
Pour qu’il ne distingue que des courbes qui ondulent
Ne dévoilant d'elle que des monts et vallées. 
Du ciel, il descend et se blottit sans parler.

Il rêve comme un corbeau. Et il devient ce corbeau.

Et de libre elle devient proie, 
Lui rongeant jusqu’aux entrailles son allée sinueuse, 
Brisant son antre, 
Modifiant son ADN. 
Son beau corps ne devient plus que haine.

Elle se fuit dans la honte 
Car elle croyait au rêve. 

Elle déchire les photos en reniant son passé et 
Détruit la vie de celui qui aurait pu naître.

Puis, elle prend conscience de l’utilité
D’un karcher ancestral : 
Avorte de ses préceptes et 
Des maux de ses ancêtres. 

Elle annule toutes ces lois et 
Ces vœux maudits proférés par ignorance 
Qui la suivent comme une ombre 
Pour la dévorer en silence.

Elle finit seule, loin des foules - 
Des océans humains - 
Loin de la houle, 
Sans maris ni maîtres.

Arrivant au sommet de la grande colline 
Où le lait invisible de ses seins dégouline, 
C'est armée jusqu’aux dents 
D’un Amour inavouable
Pour elle-même, 
Qu'elle soupire sereinement et 
S’assied sur le sable.

Amani Lizah Glaise.


mercredi 3 avril 2019

Du jugement au glaive - Pitié, ne frappez pas !




Quand on créé, on est forcément confronté au regard extérieur et par extension, aux critiques multiples et variées. Je surfe assez souvent sur la toile et les réseaux sociaux pour considérer régulièrement la façon dont sont accueillies les œuvres en général et les miennes, cela va sans dire. 

Je pense qu'il est important d'être bien "armé" psychologiquement pour recevoir les avis, les conseils souvent gratuits et les critiques d'autrui, que ces regards soient ceux de fins connaisseurs ou pas. C'est une chose difficile quand l'hypersensibilité surgit, et en fait, elle se tapit en permanence au fond de celui qui créé avec ses tripes, et sait ne pas se faire oublier à un moment, qu'il soit opportun ou non.

Est-ce de la susceptibilité quand un artiste/créateur réagit plus ou moins bien aux critiques/avis/conseils gratuits ?

Alors, pour ne pas perdre la cadence de ma production artistique et ne pas sombrer dans des doutes qui me feraient stagner (En perdant une journée de travail au passage, tellement ma sensibilité est à fleur de peau), j'essaye tant bien que mal de ne pas m'appesantir sur les avis ou les conseils parfois pas si bien avisés que cela.

J'avance progressivement et j'expérimente surtout. Ma manière de travailler peut plaire ou déplaire. On peut être séduit par ma façon spontanée de créer, car comme je l'ai mentionné souvent ici, j'aime particulièrement faire participer mon instinct et mes ressentis. Je reste ouverte aux commentaires de toute nature, mais souvent moins aux conseils gratuits. Je préfère garder la possibilité d'aller les chercher plutôt que de les recevoir sans m'y attendre, afin que, subtilement, celui qui les donne puisse si aisément se sentir supérieur. Ou bien, si vraiment il est utile à mon développement que j'en reçoive, plutôt que de me les imposer, merci de me les proposer au préalable. Ce sera accueilli  différemment. 

Je m'aperçois que les réactions abruptes, sans détours, parfois même sans intérêts du genre "C'est moche", ou "C'est vulgaire" sont légions. Je ne dis pas que ces remarques m'aient été faite, mais je les ai vues très souvent pour d'autres artistes/créateurs. Je ne saurai dire si toutes ces productions sont purement artistiques, toutes ne me plaisent pas, mais elles sont là ; elles existent et même si je ne ressens rien de spécial, je les respecte comme je respecte leurs auteurs. On n'est pas tous sensibles aux mêmes choses et si ça ne me parle pas, eh bien, je passe mon chemin.

On dit souvent que l'art amène des réactions et qu'il faut accepter les critiques pour avancer sur cette voie, afin de s'améliorer. Je me demande à quel point se montrer grossier et méprisant amène forcément à se dépasser. Je trouve, au contraire qu'on s'attaque à l'estime personnelle et c'est une attaque qui me semble gravissime. L'estime de Soi est primordiale et personne n'aime se sentir diminué par un tiers. Je reste sur cette règle d'or très utile : "Ne fais pas aux autres ce que tu n'aimerais pas qu'on te fasse". 

Quand j'apporte un élément de réponse à une question posée par le créateur, j'essaye au maximum de me montrer objective et responsable de mes mots et interactions. Je m'efforce de me montrer respectueuse et de l'oeuvre et de son auteur, même si l'ensemble ne me séduit pas pour diverses raisons. Ces raisons peuvent émaner de mes propres limitations, comme de sensations ou émotions ressenties de manière négatives, que sais-je... Je me rends compte que cela arrive assez rarement. Au pire, je reste indifférente mais il est rare que je ressente une vive répulsion vis-à-vis d'une oeuvre. Et quand bien même, cela m'amènerait à réfléchir au pourquoi de cette répulsion sans forcément en tenir rigueur à l'artiste.

Il y a des personnes qui sont preneuses de tous ces avis et conseils, elles les recherchent même activement et s'en servent pour évoluer dans leur art. 

Et puis, il y a les autres (Comme moi), qui partagent mais qui ne demandent rien. Cela ne signifie pas récolter des "like" à tout bout de champ pour se maintenir dans un élan de "Je suis le meilleur créateur de tous les temps, regardez comme tout le monde aime ce que je réalise" ! Non.

Pour ma part, ce n'est pas le but recherché. C'est agréable d'avoir des réactions positives, des mots gentils de la part de personnes qui vous découvrent ou de celles qui vous suivent assidûment. Mais, c'est aussi savoir regarder en face le travail que l'on réalise ; c'est demeurer lucide ! Je ne suis pas là pour me bercer d'illusions, je sais quand mon travail n'est pas à la hauteur mais, je diffuse même les travaux pour lesquels subsiste un doute pour voir les réactions. Souvent, je suis surprise. 

J'ai été confrontée dernièrement à des échanges plutôt difficiles avec une personne qui souhaite à tout prix collaborer avec des artistes mais qui, étrangement, ne peut pas les voir en peinture. Oui, il s'agit souvent de peintres ou dessinateurs, selon lui, très égocentrés et susceptibles ; profiteurs ! 

J'ai réalisé plusieurs dessins à l'effigie de cette personne et à plusieurs reprises, mes dessins étaient trop ceci, pas assez cela : je le vieillissais, je le rendais triste, je marquais trop les ombres. Mais il aimait bien mon travail. Ah bon ? 

Evidemment, la collaboration a tourné court et c'est très bien. J'ai besoin d'aller de l'avant, pas m'appesantir sur des personnes qui axent leur vie sur des jugements multiples et variés à propos de tout et n'importe quoi, ne laissant place à aucune indulgence, uniquement reliées à leur propre nombril et s'imaginant que chacun pense de manière identique.

Cette personne qui m'indique être pour le partage à tout prix n'a à aucun moment, cherché à mieux me connaître tellement empressée de me faire savoir ses propres idées et avis sur tout. Les personnes qui s'écoutent à ce point sont énergivores et le temps me manque pour ce genre d'élucubrations à sens unique. 

Comme je suis dans une démarche d'amélioration continue pour mon propre compte, que je travaille à partir de ma propre technique, ces échanges m'ont plongée dans des interrogations diverses. Eh oui, je suis quelqu'un qui se remet continuellement en question et mon travail, sans être abouti, ne me déplaît pas. Peut-être justement parce qu'il n'est pas abouti....

C'est  vrai, j'aime cette candeur, ces émotions éparses, ces traits parfois forcés qui donnent une certaine force ! Mais je n'ai pas la prétention de croire que mes créations sont parfaitement réalisées. Je sais que je dois persévérer et continuer de travailler. Toutefois, après une année complète à dessiner quasiment chaque jour, je suis assez heureuse de constater que mon travail touche des personnes qui y sont sensibles. Et je les en remercie chaleureusement.

Je précise une dernière chose :

Je reconnais les vrais conseils venant de personnes qui me sont chères ou des personnes dont j'admire les travaux (Ou les deux) et ces conseils, je les garde au chaud.

Des conseils tels que le souhait que j'aille plus loin, que j'utilise d'autres supports et que j'aille vers des formes plus complexes etc. J'entends bien et oui, un jour, il est probable que j'aille vers cela. J'attends d'être prête et d'en avoir vraiment, vraiment envie !
Parce que je dois l'avouer, je vis une histoire d'amour avec l'encre pour le moment. Quand j'aime, je vais au bout des choses. Et puis d'ailleurs, quand j'aime profondément, c'est rare que je lâche l'affaire.




Et je vous laisse deviner quand je n'aime pas !




samedi 16 mars 2019

Des hommes se mettent à nu



Daniel


 Je commence mon article en écoutant de la musique et je tombe  sur "Imagine" de John Lennon. 


J'aime me dire que ce n'est pas pour rien, qu'il y a une raison à cela. Je ne crois pas au hasard ; absolument pas. 

Mon article de ce jour portera encore une fois sur les modèles. Toutefois, je vais me pencher sur les modèles masculins. 

"Instant dans la durée : tel est l'homme nu devenu allié de l'art, posant pour un peintre dont les dons attirent les regards qui seront sa récompense. Vous ne le connaissez pas... Qui est-il ? Vous ne le saurez pas ! Pourtant vous pouvez le voir, voir son corps. Ce qui pousse peut-être un homme à poser nu, c’est pour démontrer à quel point la dimension artistique peut triompher sur une critique de la silhouette du modèle. La fête du corps n'a pas d'âge. Vêtu de son manteau de transparence, l'homme qui se soumet à la nudité du silence, est une offrande de son moi véritable. Nudité absolue. Transparence voulue. Origine du vrai, origine de soi. Alchimique échange entre le peintre et son modèle. Sédimentation des présences. Ce corps nu est né des mains nues de l’artiste. Il a émergé de sa toile, né d'un enfantement d'une identification patiente. Il a reçu le sceau de son attention sans le confisquer. Elle a modelé ce corps, elle l’a signé de ses doigts. Elle a été dans le choix du sujet, la mise au point, tel un photographe. Il n'y a pas de truc dans sa peinture. Son chemin a construit la beauté, avec pudeur et respect de l'intimité de cet homme qui s'est soumis à la nudité du silence, offrande à l'artiste qu’elle est, de son moi véritable." Texte de Daniel

Il m'a fallu un petit temps pour m'y mettre, préférant travailler avec les femmes pour des raisons pratiques d'abord - les modèles femmes viennent à mon domicile pour poser, selon des critères qui me permettent d'être libre sans mes enfants autour, c'est bien normal. N'ayant pas d'espace professionnel dédié à mon travail, la solution est celle-ci. Pour celles qui sont proches géographiquement. 
Recevoir des hommes à mon domicile ne me parait pas opportun pour des raisons logiques. 

Je me contente alors, pour les hommes qui souhaitent collaborer avec moi, d'accepter qu'ils m'envoient des photos prises par eux-mêmes ou par une personne de leur choix. Et je travaille à partir des clichés essentiellement. 

C'est une démarche qui me demande d'être attentive, encore une fois, mais d'une manière un peu différente qu'avec les femmes. J'y mets encore beaucoup de bienveillance, mais aussi une grande pointe de réserve et de méfiance. 

Travailler sur le corps dans le domaine artistique est tout simplement incontournable. Mais je ne peux décemment pas me concentrer uniquement sur le corps féminin. Les courbes, les traits, les volumes sont infiniment intéressants mais je me dois d'explorer aussi le corps masculin - du point de vue d'un travail sur ma perception des contours, traits, volumes etc. Uniquement cela. 

Les modèles masculins aguerris l'entendent facilement. Ils ont une approche très délicate et me demandent de collaborer en ne s'imposant pas. Ils ont l'habitude de voir où se trouvent les limites. Ils  se sont souvent retrouvés malmenés dans leurs parcours de modèles face à des artistes masculins . Ils préfèrent de ce fait se tourner vers les artistes féminines, plus bienveillantes, selon eux. Tout est question de respect me semble-t-il. Le corps, quel qu'il soit n'est pas à dévaloriser ni à ramener à la sphère purement sexuelle. 

Alain.D 

Personnellement, quand je travaille avec les modèles, c'est un aspect auquel je ne pense pas. Je vois au-delà du sexe exposé, je ne fais que le représenter et avec mon regard, rien ne dit qu'il est identique à ce qu'il est en réalité. Par ailleurs, je ne prends pas spécialement plaisir à voir des femmes ou des hommes nus. 

Ma démarche est celle de sublimer le corps, de lui rendre hommage quelque soit sa morphologie, de lui permettre d'exister au regard de tous dans le respect du modèle qui accepte de se dévoiler. Et du coup, j'apprécie que les modèles qui viennent à moi aient un projet personnel, une démarche spécifique saine pour eux comme pour moi-même. 

Et quand je partage sur les réseaux sociaux, ce n'est pas sans une certaine appréhension. Autant j'y vais sans difficultés pour les modèles féminins, autant j'ai une pointe de réserve pour les modèles masculins. Pourtant, je ne vois pas pourquoi. 

Jean-Luc Barré
Les femmes sont très souvent représentées, tant et tant que tout le monde a l'habitude de voir des seins, des attitudes plus ou moins lascives, provocantes ou plus poétiques et généralement, on ne fait pas (trop) de vagues autour. 

Pour les hommes, ça m’apparaît plus délicat et pourtant, voir une représentation d'hommes nus me semble n'être que justice pour rétablir un certain équilibre. On n'en voit que peu, il me semble. 

J'aime bien lever les tabous parce que je ne les supporte pas. 

Il y a des réactions qui me laissent vraiment perplexe. Jérôme Tellier est un jeune peintre qui assume son univers où il représentent des hommes et des femmes heureux de vivre et d'aimer, dans une nature luxuriante. Il peint le sexe en érection, il montre ce que l’œil sociétal n'admet que difficilement. 

Pourtant, c'est la vie. Son travail interpelle parce qu'il ne fait pas de faux semblants, il va droit au but et sans hypocrisie. Et j'apprécie cela avant toute chose. 

Jean-Luc Barré
Mais mes limitations en tant que femme ayant un passé traumatique me rattrape. Je suis moi aussi quelquefois dérangée par ces images. L'art est un partage et nous fait remonter des émotions parfois violentes. Mais c'est très bien ainsi. C'est vital d'être confronté à elles pour avancer et évoluer. Et si ça nous tombe dessus, et que l'impression est si désagréable, c'est qu'il y a forcément quelque chose à travailler sur nous-mêmes. Ce sont des signaux qu'il est important de ne pas négliger. 

Et au lieu d'incriminer de tels canaux d'ouverture sur soi, parce qu'ils osent montrer de telles œuvres, regardons en nous-mêmes pourquoi ces travaux nous renvoient ces émotions-là. 

Par contre, je fais le choix de ne pas représenter de sexes d'hommes en érection ou des scènes érotiques voire pornographiques. C'est un choix réfléchi ; cela ne me dit absolument rien. Ne venez pas vers moi avec cette intention car ce sera un refus catégorique. 

David

Merci aux modèles en général d'oser se confronter à eux-mêmes.
De me permettre de travailler tout simplement. 
Ce partage est riche d'expériences et réalisé dans le respect mutuel. 





dimanche 27 janvier 2019

Nouvelle expérience émotionnelle et artistique


Modèle : Sweet Lola Delle

Depuis que j'ai enfin sauté le pas de collaborer avec mon amie Jolly Molly, une porte s'est ouverte tout à coup me laissant entrevoir un périmètre qu'il va  falloir appréhender avec beaucoup de bienveillance et de douceur. 

Je crois avoir déjà commencé, mais étant moi-même relativement sensible à cette nouvelle atmosphère, je m'y engage d'autant plus sérieusement. C'est une bienveillance et une douceur qui fonctionne dans les deux sens et je ne m'imposerai rien qui ne me convienne pas. C'est un travail qui demande d'être on ne peut plus en accord avec ses propres valeurs. Un rien peut me faire basculer du côté obscur de la force obscure. Si je le dis deux fois, c'est pour faire intégrer le degré d'obscurité quand je me sens quelque peu aux aboies. Chacun ses failles après tout. 

C'est une chose de dessiner des corps au hasard du net et c'est une chose de se dessiner soi-même. C'est encore autre chose de dessiner une amie et tout à fait une chose différente de dessiner des personnes que l'on ne connaît pas. 

Je précise : de dessiner des corps nus ! 

Modèle : Jolly Molly
Ce n'est pas une surprise, encore moins un secret. Cela fait quasiment une année complète que je pratique le dessin quotidiennement (Comment, c'est tout ?) (Pardon ? Déjà ??) et ma "technique" se résume à attraper un je ne sais quoi de vivant, ou plutôt de vibrant car c'est l'âme que je tente de toucher du bout de ma plume et de mes pinceaux... Autant dire que je travaille au niveau du presque insaisissable ! Et si l'âme du modèle veut bien se prêter au jeu, ce qui n'est pas aussi gagné qu'on pourrait le croire... 

Modèle : Laura S
Certes, on se dénude devant une tierce personne pour que celle-ci puisse capter l'essence même des contours d'un corps. Toutefois, il ne s'agit pas de n'importe quel corps puisque nous sommes tous uniques avec un passé, des souffrances souvent mal cicatrisées... Tout cela ressort plus ou moins et c'est à celui ou celle qui reçoit tout cela de "traiter" le sujet du mieux possible. C'est une responsabilité. Donc, certes, on se dénude, mais on ne dénude pas que le corps. On dénude une partie de soi et ce n'est pas anodin ni pour celui ou celle qui effectue cette action que pour celui ou celle qui doit en faire quelque chose d'artistique. 

Modèle : Laura S
Modèle : Sweet Lola Delle
Je suis particulièrement sensible à l'énergie émise par le sujet qui est devant moi. Et comme j'en suis à mes débuts, je reste très attentive, j'y mets ou j'essaye d'y mettre beaucoup d'empathie, de me mettre en retrait, d'instaurer un climat de confiance. Je suis là puisque je dessine ou je photographie le modèle qui se prête à cet exercice, à cette expérience riche de tout. Mais il est surtout question de la personne qui est là et qui s'expose. C'est aussi un cheminement qui regarde le modèle qui décide de se mettre à nu. 

Des modèles qui sont novices qui plus est. Qui font une demande spécifique pour avancer sur leurs propres chemins qui les amènera vers plus de confiance en elles-mêmes. C'est une démarche qui répare le corps et l'esprit. Mais je ne suis qu'un instrument lié à mon domaine artistique car je ne suis nullement thérapeute et ne souhaite pas me diriger vers cette voie. 





Émotionnellement, c'est aussi quelque chose d'incroyable pour moi. Pas de dessiner des corps nus, c'est une chose finalement naturelle, le corps étant nu avant d'être couvert d'étoffes. Mais ce qui est incroyable, c'est d'accueillir l'émotion brute de ces modèles connues ou inconnues, que ces émotions soient verbalisées ou pas. C'est un privilège.

Un droit à une certaine confiance pour peu que le feeling passe. Et s'il ne passe pas, c'est un peu difficile de collaborer.

Modèle : Laura S
Je ne suis pas en attente de modèles, je n'irai pas les chercher. J'attends sagement qu'on vienne à moi, qu'on me dise ce qu'on souhaite si, bien évidemment, mon travail touche. Pour moi, c'est essentiel. C'est une interprétation de ma part. C'est un travail que j'effectue avec mon instinct parce que je laisse de côté l'intellect. Je ne sais jamais comment sera un dessin, c'est toujours la surprise. 

Comme je l'ai dit quelquefois au travers d'articles précédents, l'encre associé à l'eau est incroyable ! Si surprenant puisqu'il s'opère un certain lâcher prise mêlé à une dose de maîtrise. Trop d'eau et rien n'est plus négociable. C'est un équilibre à trouver mais le côté "capricieux" de cette union permet à mon inconscient d'aller chercher l'âme du modèle et c'est ça qui est magique. 

 Je remercie Jolly Molly alias Myriam pour m'avoir ouvert cette porte et merci à ses amies de m'avoir fait confiance. 
Modèle : Jolly Molly