jeudi 31 mai 2012

Descendance végétale











Descendance végétale

Deux longues tiges ont poussé dans un pot coloré
Leurs bras multiples ont fait naître des feuilles
Tendres, vertigineuses ; aux rainures parées
Jeunes, pleine de sève, attendant qu'on les cueille.

Trois fleurs de ces tiges ont poussé en couleur
D'abord deux, une rouge et une bleue ; pressées !
La première, délicate, aux pétales en coeur ;
La seconde, abîmée, aux pétales cassées...

Soleil et vents, tempêtes et pluies en rafales
Banal quotidien de ces petites fleurs en pot
Pliants comme le Roseau, en crispant les pétales
D'une force insoumise et courbant le dos.

Un jour d'été blême, dans la moiteur d'un matin
Une petite pousse naquit dans un  cri silencieux ;
Fragile et de couleur violette, mais pâle au teint
La peur de tomber dans un vide capricieux...

Accueillie en fanfare, gâtée, radieuse, enviée !
Ballottée de tige en tige, souriant aux quatre vents
Craintive, attendant la venue d'un épervier
Preux chevalier aux ailes dorées, bec au vent !

Fleur rouge, sublime comme un soleil éclaté
Apprenant les choses de la vie ; vie végétale
Dans une vapeur sucrée, sucs plein de volupté
A l'allure timide, levant en l'air ses pétales.

Fleur bleue, incomprise, butée, prenant ses distances
Secouant brutalement sa crinière de pétales
S'appuyant sur les dogmes de toutes ses croyances
Récite des prières sous un grand temple végétal.

Les fleurs aînées partent et quittent le pot familial
Rencontrent d'autres fleurs, s'unissent à d'autres âmes
Vivent une autre vie que leur vie initiale
Dans un autre pot ; Monsieur et Madame


D'escarmouches en trêves, heurts, cris ; d'unions désunies,
D'incompréhensions colossales, de passés insolubles
De liens fuyants, brisés, de réunions punies,
De silences écorchés vifs que l'Amour s'affuble...


Fleur rouge et fleur bleue, de leurs bras multipliées
Ont fait surgir des feuilles, des fleurs recomposées.
Fleur violette partie sur le dos d'un épervier
Revenue endolorie ; coeur décomposé.

Les tiges premières, ascendantes se regardent
Examinent d'en haut le chemin parcouru
Évaluent les trois fleurs, se détournent et se parlent
Estiment que leurs vies sont devenues incongrues

Mais toutes les fleurs du monde font bien comme elles peuvent
De butineurs égoïstes ; hypocrites ; sincères
Plantées dans la terre sèche attendant qu'il pleuve
Attendant qu'il vente pour que l'Amour opère...

Mais toutes les tiges parentales font bien comme elles peuvent
La progéniture ne leur appartenant pas
Contraints de laisser voguer leurs chairs sur un fleuve
A contre courant sans pouvoir guider leurs pas !

Heureux sont-ils quand les années passent et chassent
Les oiseaux perturbateurs ; la mémoire blessée
De voir pousser de nouvelles fleurs qui s'entrelassent ;
Reste plus qu'à recoller les pétales cassées...

Sept petites fleurs sont désormais l'avenir
Jeunes, pleine de sève attendant qu'on les cueille 
Les longues tiges ascendantes se regardent tout sourire
Leurs bras multiples ont fait naître plein de feuilles !



31 mai 2012







3 commentaires:

  1. Ce poème est tout simplement époustoufflant, je me pince encore pour être sûre que je ne dors pas....

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  2. Cela, c'est le bouquet, c'est le talent à l'état pur, mais quel pot de te lire. Ce n'est pas pour te lancer des fleurs mais ceci est le don d'une écrivaine faisant preuve d'une grande imagination. Ce texte me laisse béat d'admiration. Surtout exploite sans modération ce filon car ça vaut de l'or mon petit bijou.

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  3. Merci à tous les deux, étant donné que ce poème vous est dédié, je suis contente qu'il vous ravisse ! De gros bisous !

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